lundi 20 février 2012

Le sel de la terre… à propos des ouvrages de…


Le sel de la terre… à propos des ouvrages de…

1) Agnès Birebent et Nicu Ilfoveanu, Electro +, ISBN 978–730–1–11701–1
2) Nicu Ilfoveanu et Octav Avramescu, Gàsisti si pierduti, Found and Lost, ISBN 978–973–11702–8


L’une des différences réelles et non illusoires du postcommunisme roumain c’est le développement de l’édition, non pas toujours pour le meilleur – car combien de nanars ne sont-ils pas publiés pour quelques livres de grandes valeurs. Mais pour une fois soyons généreux, ne boudons pas notre plaisir, ne relevons pas les manques flagrants d’auteurs essentiels oubliés, observons avec bienveillance les librairies où des flots de livres divers en occupent les rayons, depuis des insipides romans à l’eau de rose jusqu’à la prose fondamentale et quelque peu pesante de Husserl, depuis le main stream du politicaly correct de droite et de gauche jusqu’à quelques rares perles poétiques, avec des encyclopédies nombreuses, plus ou moins intéressantes, traduites essentiellement de l’anglais, avec la multiplication des livres d’enfants et, last but not least, avec des quantités d’ouvrages de photographies. Il semble que la photographie fasse vendre, surtout la photographie nostalgique, beaucoup de photos de la famille royale rigidifiée dans ses poses théâtrales de la vie publique ou semi-privée, des vues d’un Bucarest d’autrefois, d’avant 1914 et surtout de l’Entre-deux-guerres, mais encore les rappels de poses toutes aussi pétrifiées des dirigeants communistes prises ici ou là ; les images de vacances de la famille Ceausescu, à la campagne ou bord de la mer, dans son style et ses goûts de petit-bourgeois post-Front populaire agrémenté de quelques moment d’un luxe incongru comme ces promenades en yacht sur le Danube, où le sourire gêné des participants montrait, à qui sait voir, l’embarras qui habitait ces paysans à peine dégrossis devenus des responsables politiques plus ou moins importants de ces temps de guerre froide. Bref, ces photographies veulent remémorer une société disparue, sorte de cénotaphe historique où l’avant communisme doit être magnifié sans nuance et l’époque communiste haï sans plus de nuance… Quant à la Roumanie d’aujourd’hui, hormis la multiplication de pâtisseries et de friandises touristiques, oscillant entre un protochronisme de bonbonnière et un racolage financier quelque peu obscène, elle semble inexistante.
Aussi, quand il m’a été donné de regarder et de lire les deux livres de l’artiste photographe Nicu Ilfoveanu, n-ai-je pu retenir ma surprise, ni bouder mon plaisir face à l’étonnement réellement captivant qu’ils suscitent à mes yeux. Enfin, quelqu’un qui sait jeter un regard sur la Roumanie de notre commun présent… Que ce soit Electro+ avec Agnès Birebent et le parcours initiatique qu’il nous propose au travers du pays, dans les petites villes oubliées, Zimnicea, Babadag, Caracal, Botosani ou Bacàu dont personne ne parle sinon de temps à autre quand s’y perpètre un événement extraordinaire, un crime particulièrement crapuleux, une catastrophe naturelle particulièrement dramatique, un fait divers particulièrement odieux…
Dans Gàsiti si pierduti (Trouvés et perdus) avec la collaboration d’Octav Avramescu, le regard aiguisé que Nicu Ilfoveanu pose sur le marché aux puces, dessine des tableaux de genre engendrant une vive émotion et une empathie humaine, profondément humaine. On y voit des gens qui vendent et achètent parmi des amas de milliers d’objets aux cheminements incertains ou mystérieux et qui finissent là, y retrouvant une seconde, voire parfois une  troisième vie. Il est là une autre Roumanie, bien différente que celle que nous livre quotidiennement la presse nationale, laquelle se résume  pour l’essentiel aux déclarations des guignols de la classe politique à Bucarest (mais ici les Guignols de l’info ne sont pas des marionnettes), aux élucubrations presque grotesques d’un minuscule groupe d’intellectuels, braves laquais justificateurs du pouvoir du moment, et aux sagas people des amours rétribuées des demi-mondaines, voire des call-girls avec de riches hommes d’affaires plus ou moins douteux… pour le reste s’il est besoin de quelques réflexions sur l’information, il faut les rechercher dans une presse alternative rarissime.
Le regard de Nicu Ilfoveanu est aigu et chaleureux, quand la photo toujours en noir et blanc – sauf la seconde de couverture avec ces deux femmes et l’enfant sous l’abris d’une croix votive « habillée » d’une serviette cérémonielle, sorte de rappel postmoderne des primitifs flamands, et la troisième, un chemin de campagne quasi médiéval s’il n’était là, planté au milieux, une vieille Dacia et quelques poteaux téléphoniques), la photo donc est aplatie par une douceur des gris qui laisse flotter l’imagination au milieu d’une brume légère ou sous la lumière écrasante et arasante d’un puissant soleil estival qui annihile les contrastes trop violents. Les phrases d’Agnès Birebent décrivent synthétiquement les lieux du parcours sans paraphraser jamais les photos, et ensemble, les auteurs nous convient à contempler une sorte d’Annonciation  de la fin du monde, d’un monde qui a été celui de l’époque communiste, tout en suggérant une histoire humaine, individuelle et sociale qui laisse encore de puissantes traces dans la vie quotidienne, dans des lieux divers : immeubles plus ou moins délabrés, jardins publics au mobilier spartiate d’antan, venelles encore villageoises au cœur de la ville, boulevards rectilignes flanqués de parallélépipèdes comme dans un jeu d’enfant, tsiganes au bord d’une route regardant passer des poids lourds venant de l’étranger, devant une devanture de magasin qui a peu changé en sa présentation, sauf qu’elle est remplie de choses hétéroclites, auprès de sculptures publiques devenues, le temps passant, d’un baroquisme étonnant, que dis-je presque émouvant… Nous voyons défiler le long des murs de béton des gens simples, maigres et gros, petits et grands… et, soudain, au détour d’une page, une jeune fille, ni belle ni laide, à l’intérieur d’une chambre désuète… des passants dans le décor quasi irréel d’une place au modernisme démodé, déjà vieillot, et qui demeure le quotidien de vies de labeur. Voilà notre voyage au travers de la Roumanie d’aujourd’hui, voyage au bout du crépuscule, loin du clinquant des boîtes de nuit à bodyguards, loin des rues « chics » de la capitale et d’autant plus obscènes que la grande misère s’y loge la nuit entre portes cochères et devantures Armani, Dolce et Gabana, Rolex… Oui, j’aime à me promener avec Nicu Ilfoveanu et Agnès Birebent dans ces villes quasi mortes de la Roumanie silencieuse et agonisante, dans ces villes tenues en main par des politiciens mafieux si j’en crois mes propres expériences… Et cependant une vérité puissante jaillit de ces images… une vérité à coup sûr tragique, celle des modernités marginales, des modernités inaccomplies, où devant les murs de bétons, parmi les anciennes zones urbanisées du communisme appauvri par la démesure de sa volonté de puissance technique, au milieu de paysages qui parfois ressemblent à des villes bombardées, le passé anté-communiste suinte sa misère à travers les fissures des ruines du présent…
Et puis la route initiatique continue. Nous sommes à présent au marché aux puces… un an de présence,  Nicu Ilfoveanu observe ces hommes et ces femmes, corps exposés sans honte, ventres énormes au soleil, estomacs et poitrines boudinés, enfermés dans des survêtements un trop étriqués, et puis, au détour d’un étal, le regard perdu d’une vieille femme, et puis une autre, le visage anxieux, la main couvrant la bouche dans cette attitude typiquement paysanne de méditation et d’angoisse, et plus loin, un sourire d’enfant heureux jouant dans un bric-à-brac avec une vieille paire de lunettes de motocycliste, un chien allongé au milieux des débris, des physionomies suggérant des marchandages, des offres sans effet, des demandes sans réponse, beaucoup de regards soucieux, des rassemblements plus ou moins identiques, des gens modestes, beaucoup de pauvres de tous âges, têtes penchées vers des objets, objets regardés, contemplés, surveillés. Et puis, il y a, omniprésents, tous ces objets, des riens pour un regard lointain, mais des trésors, amassés pour les uns, convoités pour les autres. Des sommes d’objets qui se côtoient, étalages embrouillés ou ordonnés, habits jetés comme des chiffons, instruments d’un autre âge posés en vrac sur un plastic jouxtant un flaque d’eau. Il est là des mines d’or pour collectionneurs obsédés de riens, des objets fonctionnels pour l’artisan de fortune en quête d’un outil à bon marché. Beaucoup d’outils fatigués, beaucoup de pièces détachées plus ou moins usées, et beaucoup de quasi débris, là une jambe de poupée, là-bas une tête ou un tronc, images de vies désarticulées et des rêves d’enfant abandonnés qu’un homme déjà vieux illustre d’une manière presque tragique en brandissant un baigneur tout de blanc vêtu au milieux de la grisaille. Ce monde là est bien celui d’une Roumanie rassemblée en fin de semaine aux marges de la ville, une Roumanie réelle qui n’a rien de commun avec les rassemblements folkloriques et les traditions de pacotilles, avec les grands discours sur la monarchie ou la république, avec les états d’âmes et les disputes somme toute insipides entre intellectuels en renom, avec la nouvelle loi sur l’autonomie universitaire… Hiver comme été, ce peuple si méprisé des boyards de la pensée, ce peuple dénoncé par des politiciens véreux ou diplômés comme un ramassis de fainéants et d’alcooliques, mais ce peuple qui est leur peuple pourtant et sans lequel ils ne seraient pas ce qu’ils sont, c’est-à-dire de prétendues élites… ce peuple-là donc est surpris par Nicu Ilfoveanu dans sa spontanéité, en ses voies et manières, avec son style à la fois délicat, pointilleux et fort de ses photos en noir et blanc… Il est là, oserais-je dire, l’hommage implicite qui est rendu à sa survie…
Dans sa présentation de Gàsiti si pierduti, Octave Avramescu rappelle le Pasolini des Appunti per un romano dell’immondeza. Combien a-t-il raison ? Oui, ces hommes et ces femmes qui se déplacent dans les immondices et les mares les jours de pluies, dans la neige maculée de boue en hiver, dans les puanteurs méphitiques des canicules estivales, oui ces hommes et ces femmes qui parcours des espaces devenus souvent quasi désertiques, ombres et zombis d’un monde en voie d’extinction (la Roumanie a perdu 4 millions d’habitants en vingt ans de transition), sont au bout du compte les témoins, au sens biblique du terme, de l’injustice essentielle du présent et de ce nihilisme métaphysique qui règne sur le monde et l’engendre. Et, en dépit de tout cela, ils sont le sel de la terre…
Claude Karnoouh
Bucarest le 20 février 2012

jeudi 9 février 2012

Note pe marginea postcomunismului

Note pe marginea postcomunismului 

Articol aparut pe 02 si 09. 02. 2012, in sectiunea Cultura politica . 
AUTOR: CLAUDE KARNOOUH
CUVINTE CHEIE: , , 
Chapt. I


„An diesem, woran dem Geiste genügt, ist die Grösse seines Verlustes zu ermessen.“ s„prin ce multumeste astazi spiritul trebuie masurata intinderea a ceea ce el a pierdutt
„Die Philosophie aber muss sich hüten, erbaulich sein zu wollen“ s„Filosofia insa trebuie sa se fereasca de a voi sa fie edificatoare“t
Hegel, „Prefata“ la „Fenomenologia spiritului“ (trad. Virgil Bogdan)
Inainte de a reflecta asupra momentului istoric numit post-comunism, cu riscul de a plictisi auditoriul, as dori sa revin asupra problematicii generale a discursului istoric ca indice al modernitatii, amintind totodata ca vorbele de care ne folosim nu sunt deloc neutre si ca prea adesea stiintele umane, voind sa imite stiintele naturii, sunt de o trufie insuportabila atunci când se lauda cu neutralitatea axiologica a vocabularului lor conceptual.
La urma urmelor, aceasta expresie, post-comunism, imi pare astazi de-a dreptul grotesca, chiar daca o vreme s-a dovedit folositoare in situarea temporalitatii imediate a evenimentului despre care discutam aici si a devenirii sale. Intr-adevar, notiunea de post-comunism implica in primul rând o interogatie de acest tip: ce inseamna discursul istoriei – in calitate de interpretare a actiunilor omului intr-un timp dat? Daca insa vorbim pe sleau, istoria n-a fost niciodata altceva decât un post al starii precedente. Cu alte cuvinte, intreaga istorie umana ilustreaza, de la inceputurile sale din negura vremilor, o succesiune de apax-uri, de situatii singulare, care nu se repeta deloc intocmai. Iata conceptia moderna despre istorie, despre istoria-discurs, despre istoria-naratiune a evenimentelor: istoria n-are obiceiul sa se repete sau, daca pare ca o face, nu ofera decât o caricatura a modelului initial, o comedie, o farsa. Acest discurs al schimbarii care o reprezinta (orice perioada am avea in vedere, mai lunga sau mai scurta) se organizeaza de fapt in câmpul metafizic al unei escatologii temporale: momentul A, modificat de o actiune sau un eveniment, va genera un moment B diferit, in sine inimitabil si irepetabil. Timpul obiectiv care se scurge si poate fi contabilizat, multiplicat, divizat ipotetic la infinit, acela pe care subiectul cartezian (al lui cogito ergo sum) il asuma ca pecetluind schimbarea mai mult sau mai putin grabnica a orice si a tot. Iata ce inseamna, pentru noi, modernii, o temporalitate privata de orice indoiala, transformata incetul cu incetul intr-o evidenta indiscutabila.
Timpul pozitiv si „presocraticii de la tropice“
Cu totul altfel stau lucrurile daca ne situam de partea subiectilor-actori ai istoriei, al caror discurs e construit in vederea unor finalitati explicative sau interpretative imediate. Intr-adevar, paradigma esentiala ce stabileste limita dintre modern si non-modern aici poate fi surprinsa, in câmpul subiectivitatii interpretarii si actiunii umane. Pe de o parte, avem societatile care cautau – in actiunea unui prezent anume sau in intâmplari aleatorii, specifice devenirii umane dintotdeauna –, semnele unei schimbari evidente, enuntate printr-un discurs obiectiv ce presupune adequatio res intellectum (aici, identitatea evenimentului cu reprezentarea sa in dinamica escatologiei temporale) si in care timpul nu mai are alta calitate decât propria curgere reprezentata in termeni cuantificabili matematic: un timp unificat, desigur, si, in consecinta, un timp neutru axiologic, un timp al stiintei, al legii gravitatiei, al principiului lui Joule, al teoremei lui Bernoulli, sau chiar, dupa unii autori moderni, un timp al istoriei (sic!). Pe de alta parte, au existat si societati care au cautat in actiunile omului sau in petrecerea unor evenimente neasteptate confirmarea unui deja-stiut sau pre-stiut indepasabil – in genere, chiar un stiut fondator al socius-ului – pe care riturile (ca praxis) si mitul (ca afirmare a adevarului prin simpla sa enuntare (1)) il confirmau ca datator de sens dintotdeauna, conform unor proceduri variabile in „curcubeul culturilor umane“ de pe mapamond. Astfel, pentru a dobândi un sens, starea contingent-prezenta trebuia raportata la etalonul unui trecut inteligibil si intangibil in acelasi timp, inteles ca origine si/ sau completitudine-perfectiune a societatii umane. In 1578, de pilda, când exploratorul englez William Drake debarca pe o insula din nord-estul coastei de vest a continentului american, capetenia tribului indian care ocupa acest teritoriu ii inmâneaza insemnele puterii, caci pentru el si pentru neamul sau, venirea acestor oameni albi – pe neasteptate din nemarginirile oceanului – chiar daca pe moment descumpanitoare, nu putea fi decât o pogorâre a zeilor pe pamânt (2). O varianta salbatica, asadar, a „eternei reintoarceri a aceluiasi“. Nietzsche, pe de alta parte, si-a ancorat reconstructia metafizicii eroice in cântul homeric, in versurile lui Hesiod si in frânturile de gândire presocratica, dar n-a privit si spre cealalta fata a spetei umane, spre salbaticii pe care prietenul meu Remo Guidieri i-a botezat, cum grano salis, drept „presocraticii de la tropice“ (3).
Or, semnul cel mai evident si deopotriva cel mai enigmatic al modernitatii, care se manifesta cu mult inaintea ispravilor nemaiauzite ale tehno-stiintei si a ceea ce vulgata universitara numeste istorie moderna, a fost schimbarea perspectivei asupra crearii lumii: intelegerea acesteia nu ca dispozitiv ce insereaza ineditul intr-un deja-stiut cu scopul de a imblânzi noutatea si de a-i potoli efectele, pâna la a contesta transformarile evidente, ci in cadrul unei Weltanschauung al schimbarii intangibile. Aceasta schimbare de perspectiva s-a petrecut in Grecia antica sub zodia unei metafizici care nega experientei traite (pasiunile la Platon) accesul la adevarul autentic – la care se ajungea numai prin contemplarea ideilor pure (adevarul negasindu-se in pestera, ci afara, in lumina radiosului Apollo-Phoebus). S-a ajuns astfel – cel putin in cercul elitelor cultivate – la o intelegere a timpului ca dovada incontestabila a schimbarilor irevocabile: mâine nu va mai fi ca ieri si cu atât mai putin ca alaltaieri. Am abandonat, asadar adevarul din spusele aedului (dar de ce oare? mister!), adevarul „Iliadei“ lui Homer, bunaoara, al „Teogoniei“ lui Hesiod (4), pentru a deveni istorici in sensul modern al cuvântului, pentru a primi, in timp, admirabila si mereu actuala lectie de geopolitica a batrânului Tucidide. In esenta, conceptul de timp istoric (5) inseamna ca evolutia evenimentelor, inlantuirea lor imediat perceptibila genereaza intotdeauna schimbare – ineditul, nemaipomenitul ireversibil. Dar a-l intelege in regimul sau originar nu-i lucru usor: „Wir bedenken das Wesen des Handelns noch lange nicht entschieden genug“ (6). Caci, tot cu cuvintele lui Heidegger, „Man kennt das Handeln nur als das Bewirken einer Wirkung. s…t Aber das Wesen des Handelns ist das Vollbringen“ (7). Si tocmai aceasta acordare de sens praxis-ului in permanenta devenire este cea care ilustreaza specificitatea modernitatii sau, daca vreti, esenta sa, Wesen: ceea ce persista in prezenta sa, calitate indusa ei in mod particular de orice lucru – aici, devenirea ca mutatie neincetata. Iata de ce, in acest caz, esenta praxis-ului se raporteaza mereu la co-apartenenta sa la o temporalitate matematic cuantificabila, si nu la o Philosophia perennis, atemporala, anistorica.
Vremea zeilor vs. 
temporalitatea zapping-ului
Or, in discursul deopotriva savant si comun, aceasta esenta a istoriei trimite intotdeauna la o temporalitate care nu e concret determinata decât prin post – e vorba deci de o escatologie a inovatiei si nu, fireste, de un post al reintoarcerii la perfectiunea originala a unei vârste de aur, a unui Paradis pierdut „dinainte de caderea in timp“. Aceasta temporalitate moderna nu poate fi, prin urmare, constientizata si tematizata decât prin doua modalitati complementare – una neexistând fara alta. Avem, asadar, fie tema tabula rasa (sau, la Leibniz si Kant, refuzul total al „Ratiunii gânditoare“ sin original „Raison raisonnante“ – n. trad.t a trecutului innegurat de moravuri si de obiceiuri traditionale; sau, la Hegel si Marx, depasirea dialectica a lui ante – artizan, prin negatia sa, al unei deveniri pozitive), fie tema nostalgiei – Sehnsucht (la Herder, Hegel in estetica sa, apoi la Nietzsche, Spengler si Jünger) (8) fie, in sfârsit, de o maniera mai prozaica, cele doua reunite in simultaneitatea marfii, cum o dovedeste cultul contemporan al patrimoniilor, de la stilul de viata pompeian si al splendorilor Orasului interzis pâna la muzeele de etnografie concepute ca opere de arta in sine (Musée du Quai Branly, din Paris, sau Muzeul Taranului Român, de pilda, din Bucuresti).
Desi multa vreme de la dupa aparitia sa modernul n-a fost inteles ca post, el implica inca de la origine, atât din punct de vedere logic, cât si fenomenologic, ideea de dupa, adica aperceptia simultana a unei anterioritati nu numai diferita, ci si negativa, care trebuie asadar depasita fara incetare si, in acelasi timp, a unei anterioritati a carei pierdere naste o tristete irepresibila. Anterioritate negativa sau nostalgie, modernitatea se gândeste si se propune ca ilimitare a transformarii sau macar ca fantasma a ilimitarii! (9) Astfel, tot ce nu este post va fi interpretat ori ca „retrograd“ (vechi, fost, depasit, urât chiar, de aruncat la gunoi, fiindca, in aceasta optica, doar noul exprima Bunul, Frumosul, Adevarul), ori in chip „pozitiv“, ca valoare de intrebuintare muzeografica (nostalgica) si deopotriva ca valoare de schimb in calitate de obiect comercializabil pe piata antichitatilor. Pentru istoria pozitiva, praxis-ul prezentului se concentreaza doar pe inovatie, pe schimbare, pe noutate, fie ca e vorba de gândirea cea mai inalta, a stiintelor in general (inclusiv a stiintelor umane), a cuceririlor tehnicii sau doar de aceea futila a jurnalismului si a modei. In fapt, nu aflam aici decât o temporalitate a imediatului, a clipei si a simultaneitatii, in termeni triviali, o temporalitate a zapping-ului!
Inaintea istoriei obiective ca naratiune evolutiva si inovatoare, timpul avea insa alte calitati: era un timp al vietii individuale, al mitului, al zeilor, un timp al cultului si al sarbatorilor anuale (timpul ciclului christic, de pilda). Totul era masurat in raport cu provenienta si cu originea, un timp al intoarcerii – gratie mitului – si timp al completitudinii –prin gestul si prin rostirea rituale. Numai in conceptia noastra moderna, care obiectiveaza periodizarea, se poate insa vorbi de perioade de regres (de exemplu, epoca barbara de dupa caderea Imperiului Roman de Apus, sau efectele cruciadelor Albigenzilor asupra culturii savante din Languedoc ori stârpirea culturii indienilor din câmpiile Americii de Nord dupa masacrele sistematice de la sfârsitul secolului al XIX-lea). Dar a gândi o epoca in termeni de regresiune nu e acelasi lucru cu a o gândi ca intoarcere la principiile sale primare, ideale; regresiunea nu e imaginabila ca atare decât pentru ca fluxul temporal general e conceput si reprezentat in totalitatea sa ca instrument al evolutiei pozitive, pe scurt, ca progres total. Astfel, conditia posibilitatii (epistemologice si psihologice) a progresului (sau a modernitatii) rezida in ceea ce Nietzsche numea transmutatia permanenta a valorilor, care este esenta insasi a nihilismului.  Or, nihil-ul niezschean nu este niciodata un nihil inteles ca nimic, vid, neant, sau ca vointa de eradicare a Raului prin eliminarea intruparilor sale umane, ca in Demonii lui Dostoievski. Nihil-ul nietzschean este mereu-noul, reinnoitul neincetat, reinnoirea exponentiala a obiectelor si a reprezentarilor lor, invelit in moralismul crestin al nostalgiei care-i inveleste originile (10). E vorba, asadar, de un mereu-nou care, pentru a fi ce este si ce va fi, se reprezinta intotdeauna ca negare permanenta a valorii pozitive a momentului precedent, atribuind prezentului si unui viitor neprecizat promisiunea unui tot-mai-bun (9). Adica tocmai acea depasire care, la Hegel si Marx, este imaginata ca necesitate dialectica a istoriei atribuind Aufhebung-ului (depasirii-suprimarii) insasi pozitivitatea cursului global al istoriei. La ei, dialectica este intotdeauna pozitiva. Si, fireste, acesta este temeiul metafizic pe baza caruia Marx, in ciuda nedreptatilor majore la care era martor – sute de mii de morti din pricina foametei orchestrate de colonizatorii englezi in India, de exemplu – a putut sa scrie ca, bunaoara, capitalismul colonial britanic, desi strivea cu o violenta nemaiintâlnita comunitatile traditionale, ar reprezenta totusi un fapt pozitiv prin aceea ca ruina modurilor de viata arhaice, chiar ca aparatoare ale socius-ul comunitar, trebuia sa genereze – odata cu iesirea din negura primitivismului, din acea lume a castelor si a sclaviei – un proletariat care sa infaptuiasca revolutia ce va sa vina… Revolutie pe care o mai asteptam si noi, in ciuda cresterii din ce in ce mai accentuate a masei salariatilor urbani! (12) Caci nu Revolutia (cu exceptia luptei pentru independenta controlata de britanici) a izbucnit in India, ci forma cea mai dura a subdezvoltarii, atât in regiunile rurale, cât si in orase. Or, aceasta dinamica a inovatiei specifice modernitatii, si pe care Niezsche a indicat-o drept esenta a ei, se va intitula, o jumatate de secol mai târziu, in filosofia culturii hegelienilor de stânga, in sfârsit debarasata de wishful thinking si de mosternirea Aufklärung-ului, la Adorno si la Ernst Bloch, drept „opera a negativului“, fara alta calitate decât propriul mers inainte negativ: dialectica negativa a modernitatii. 


Note: 
(1) Cuvântul mythos-ului in limba lui Homer, opus logos-ului.
(2) Acelasi lucru i s-a intâmplat lui Bougainvillier când a acostat pe o insula din Pacificul de Sud, indigenii tratându-l ca pe un zeu pâna in momentul in care, transgresând un tabu necunoscut lui, si descoperindu-si natura umana, a fost ucis si mâncat…
(3) Remo Guidieri, „L’Abondance des pauvres“, Seuil Paris, 1982 svezi si editia româneasca, „Abundenta saracilor“, cu o postfata inedita a autorului pentru editia in limba româna, traducere de Laura Tusa Ilea si Ciprian Mihali, prefata de Claude Karnoouh, tradusa de A.T. Sirbu, Editura Idea Design & Print, Cluj, 2008 – n. trad.t
(4) Faptul se intelege numaidecât daca citim fie primul vers din „Iliada“: „Cânta, zeita, mânia ce-aprinse pe-Ahil Peleianul“, fie versurile 97-103 din „Teogonia“: „Când napasta s-a  cuibarit in sufletul omului, inima secându-i, e destul ca aedul, serv al Muzelor, sa cânte despre slava oamenilor de odinioara si a zeilor tihniti in Olimpul lor: si iata ca suferinta omului se destrama, uitând samânta intristrarii sale: timpul zeitelor l-a alinat“ (As insista pe imaginea din incheiere: „timpul zeitelor il alina“ – ele sunt chiar aici, hic et nunc, in proximitatea omului).
(5) Folosesc aici termenul „istorie“ in sensul in care Heidegger opune historisch lui geschichtlich, respectiv ca suita de evenimente si nu ca istorie a Fiintei.
(6) Martin Heidegger, „Scrisoare despre „umanism“„: „Nu gândim inca nici pe departe indeajuns de hotarât asupra esentei actiunii“ scitat dupa editia Martin Heidegger, „Repere pe drumul gândirii“, traducere si note introductive de Thomas Kleininger si Gabriel Liiceanu, Editura Politica, Bucuresti, 1988, p. 297 – n. trad.t
(7) Martin Heidegger, ibidem: „Cunoastem actiunea numai ca efectuare a unui efect (Bewirken einer Wirkung). Realitatea efectiva (Wirklichkeit) a acestuia este pretuita dupa folosul lui. Insa esenta actiunii este aducerea la implinire.“
(8) In acest schematism al relatiilor filosofiilor istoriei intre ante si post, Heidegger ocupa o pozitie singulara prin aceea ca determinarea temporala a intrebarii asupra Fiintei, mai intâi, apoi dezvaluirea Tehnicii ca metafizica ultima l-au condus la a nu mai concepe nici ante, nici post in termeni de nostalgie si de decadenta sau de pozitivitate permanenta a reinnoirii. Impotriva lui Spengler sau a lui Jünger, Heidegger nu distinge un Occident prins in dinamica decadentei, ci din contra, un Occident cufundat in perpetua implinire de sine. Pentru a-i sesiza actualitatea, e suficient sa recitim raspunsul dat textului lui Jünger „Über die Linie“, in „Zur Seinsfrage“, Vittorio Klostermann, Frankfurt am Main, 1956).
(9) Aceasta tema a fost pe larg argumentata si remarcabil deconstruita de Gérard Granel in „Les années trente sont devant nous…“ sAnii treizeci sunt in fata noastrat, in „Etudes“ sStudiit, Galilée, Paris, 1995.
(10) Friedrich Nietzsche, „Le Nihilisme européen“ sNihilismul europeant, texte reunite, traduse si comentate de Angèle Kremer-Marietti, 10/ 18, Union générale d’édition, Paris, 1976.
(11) Acest nihilism e perfect ilustrat in istoria artei de la primele sale incercari pâna la Vasari.
(12) Iata exemplul perfect care revela cele doua surse ale filosofiei lui Marx: pe de o parte mostenirea directa a Aufklärung-ului, pe de alta, hegelianismul in unica pozitivitate a Aufhebung-ului… cf., „Domination of Britain India“, in „New York Daily Tribune“, nr. 3828, 25 iulie 1853. Pentru informatii in privinta foametei generate de insatiabilitatea colonizatorului si de lipsa lui de scrupule, cf. Mike Davis, „Late Victorian Holocausts. El Niño and the Making of the Third World“, Verso, Londra, 2001.

Chapt. II
Odata ce am stabilit ca nihilismul este esenta lumii noastre moderne, a Estului, dar si a Vestului, sa revenim la tema colocviului nostru – discursul asupra postcomunismului. Dupa 1989-1991, marea majoritate a universitarilor din tarile dezvoltate si eu însumi ne-am repezit asupra vocabulei „post-comunism“, folosind-o pâna la abuz, de cele mai multe ori fara a încerca macar o deconstruire a fundamentelor sale (au existat si exceptii desigur – între care se numara si câteva nume prezente la acest colocviu). În rest, foarte putini cercetatori au cautat sa discearna cu adevarat formele si modalitatile de continuitate si discontinuitate implicate de acest concept. Cei mai multi repeta pâna la satietate placa nesarata a unor politologii si ideologii politice servite de lachei cu spinarea croita pe temenea. În ce ma priveste, nu ma stiu stipendiat de cutare fundatii ce pretind ca apara democratia sau societatea deschisa; nu sunt nici poet, nici profet si, precum bufnita Atenei care-si ia zborul la venirea zorilor, îmi place sa gândesc si sa interpretez post factum. Am evitat însa a ma face de râs în fata studentilor cu prooroceli ce legau caderea regimului comunist de apocalipsa unui razboi atomic planetar: Dulce bellum inexpertis, scria în vremea lui Erasm1. Se pare totusi ca orice s-ar afirma în contra acestui profetism specific stirilor de scandal ramâne fara ecou în doxa momentului, în discursurile universitare – de-a dreptul fantasmagorice, unele – fiindca, dupa cum se stie, prostia nu ucide; ca atare histrioni sinistri ca BHL sau ca André Gluksmann si-au putut debita nestânjeniti neghiobiile, produse ale unei vanitati fara limita, ocrotite si raspândite de o presa tinuta sub calcâi.
Ce vedem însa în aceasta lume dupa disparitia – prin implozie, mai degraba, decât prin explozie – formelor politice ale acelui socialism real autointitulat comunism, care, pare-mi-se, semana mai bine cu regimul economic al unui capitalism de stat mai mult sau mai putin redistributiv, condus de o politica mergând de la dictatura totalitara cea mai ferma pâna la social-democratia de tip autoritar? Dupa implozia sistemului, zic, ce spectacol ne-a rezervat istoria? De buna seama, am asistat la extinderea triumfala a formei-substanta Capital, care, în anii 1990, asezonata cu un strop de parlamentarism reprezentativ (cel mai adesea unul de opereta) era clamata drept stadiul istoric indepasabil al devenirii politico-sociale mondiale – finalmente eliberata (sic!) de totalitarism. Iata, chipurile, sfârsitul istoriei! Profetia lui Marx s-ar fi adeverit dara, chiar în momentul în care socialismul real îsi lua talpasita! Câtiva ani mai târziu, dupa septembrie 2008, criza economica generalizata avea sa domoleasca grav acest entuziasm prematur2.
Sigur ca, în câteva luni, de la zona consumului privat la furtul legalizat al infrastructurilor enorme lasate de fostul regim, companiile occidentale au invadat piata, obligând la distrugerea (cu complicitatea vechilor-noilor elite politico-economice) unor industrii înca rentabile. Efectul a fost imediat: o cadere demografica masiva, o lenta, dar inexorabila crestere a somajului si a emigrarii3. Ce se schimbase, oare, în chip fundamental? Ierarhia societatii nu se mai stabilea prin raportare la Partidul comunist si la diversele sale institutii, ci în functie de resursele financiare ale fiecaruia si de retelele favorabile furtului din avutul public. Între business-ul gras, orchestrat în mare parte de fostele-noile elite ale partidului comunist si de politia sa politica si cresterea exponentiala a presse people, aveam cele mai grosolane caricaturi ale Occidentului, ca si cum Soros, Warren Buffet sau Ben Bernanke ar fi pus în practica aici bancurile porno-mondene de la „Gala“, „Voici“ sau din presa lui Springer. În schimb, alienarea populatiei ramânea pe pozitii, ferma, si chiar mai intensa, dat fiind ca saracia majoritatii resimtea cu atât mai acut lipsurile. Instrumentele de propaganda pentru controlul maselor scoteau la înaintare nu numai scheme, dar si persoane noi – numerosi intelectuali cu un succes obtinut prea repede pentru a fi cinstit, bunaoara -, dupa cum si metoda intensificarii publicitatii pentru marfuri si servicii si transformarea dezbaterii politice în scena de Grand-Guignol.
Trebuie recunoscut totusi ca, daca efectele economice sunt de speriat, aparentele sunt mai soft decât sub regimurile precedente! În doar câteva luni, cei mai multi dintre universitari, jurnalisti, cercetatori si întreaga lumpen-intelligentsia serveau deja studentilor, ascultatorilor si telespectatorilor zeama searbada a sfârsitului istoriei. O versiune triviala de hegelianism, în care capitalismul cel mai liberal era proclamat de Rank Corporation drept împlinire a Spiritului lumii si sfârsit al Istoriei, stadiu suprem al democratiei, pe care Fukuyama – cu aerul de negustor sadea – era însarcinat s-o vânda cu orice pret. Ba s-au gasit chiar, atât în Vest, cât si în Est, distinsi universitari si conducatori de seminare doctorale gata sa organizeze dezbateri savante pe seama unei astfel de ineptii.
Prabusirea vechilor regimuri a redesteptat, în acelasi timp, refrene mai vechi: s-a dat liber la redescoperirea valorilor crestine, amestecate de-acum cu libertatile bizbnisului si manipulate chiar întru blagoslovirea celor mai desantate escrocherii4. S-a dat liber, apoi, la reactivarea valorilor nationaliste cu iz rasist si fascist, scoase de la naftalina din cuferele scorojite în care zacusera – adormite, dar cu agresivitatea criminala interbelica intacta în potenta. Naivii care le crezusera îngropate în câmpul analitic al istoriei au facut-o pe barba lor. Sigur, istoria nu se repeta. Niciun Mussolini, Hitler, Szálazi sau Quisling la orizont, iar urmasii lor par mai degraba niste mascarici cu gesturi de automate decât demagogi cu verb redutabil, capabili sa creasca entuziasmul maselor si instinctul lor ucigas. Caci mulgatorii de fonduri de la UE împiedica orice deriva fascizanta în stil vechi, singura dictatura admisa si promovata acum fiind cea a marfii, deci a banului. Raspicat spus: nu ma încearca scâncete nostalgice, caci daca „filosofia nu trebuie sa fie edificatoare“, nici consolatoare nu trebuie sa fie când vine vorba de necazurile acestei lumi – o lume a „marilor cimitire de sub luna“ (Bernanos). Realitatea e însa aici, sub ochii nostri, si trebuie privita fara false mirari. Într-adevar, regimurile zise comuniste au fost cele care au generat acest capitalism salbatic fin de siècle, acest capitalism fara credinta si fara lege, incapabil sa respecte macar regulile adoptate de nou-alesele parlamente, într-atât aratându-se slugile sale, elitele compradores produse de regimul socialist precedent, de ahtiate dupa bani si obiecte, cu o cupiditate cinica demna de un Nucingen. Acesti maestri ai acumularii primitive n-au fost crutati de esenta modernitatii, confirmata zi de zi de ei, în praxis. Sigur, ideologii de serviciu (politologi, jurnalisti, sociologi, chiar unii antropologi etc.) si naivii altfel destul de numerosi printre specialistii universitari remunerati pentru interpretarea acestei lumi ex-comuniste nu si-au pus niciodata întrebarea banala: de ce saptezeci de ani de socialism dur, uneori foarte dur, în URSS, si în jur de patruzeci de ani, daca vorbim de tarile satelite, au avut, la urma urmelor (si a socotelilor) atât de putina influenta asupra comportamentelor economice si sociale ale oamenilor din era post? De ce în dezbaterile despre popoarele post au ramas atât de putine resturi din flacara luptei initiale pentru o societate mai dreapta? Raspunsurile, dinspre dreapta sau dinspre stânga, le stiu si eu, dupa cum le stiti si dumneavoastra – si nu de azi de ieri. Pe de o parte, mi se va spune:
– Dar, domnule Karnoouh, Gulagul! Totul vine de la Gulag, care a distrus nu atât referentii capitalismului, cât sperantele puse într-un socialism clamând venirea unei lumi mai bune, mai putin crude, mai putin barbare, în câmpul paradigmei socialism sau barbarie.
Nostalgicii, la rândul lor, vor spune:
– Singura greseala a fost tradarea elitelor politice si intelectuale în timpul Perestroikai, vândute Occidentului pe un blid de linte. Comunistii europeni, estici si vestici laolalta, au dat chix…
Da… si atunci?… so what? E clar ca lumina zilei. Nu-i nevoie sa tocesti bancile scolii ca sa pricepi. Dar de ce au esuat comunistii? Conform dreptei mereu diabolizante, fiindca au pus în opera o politica împotriva naturii umane, antiumanista. Dar este acesta un argument valid? Caci atunci ce este natura umana si ce este împotriva naturii umane? Vast program de reconstuctie metafizica! O spun din nou, chiar daca e la mintea cocosului: crimele în masa ale regimurilor totalitare au fost înfaptuite de oameni, nici mai mult nici mai putin decât de oameni „prea umani“. Dar, pe de alta parte, cât umanism e în economie si în politica – atunci când sunt puse în discutie suveranitatea si puterile statului? Caci umanismul este în raport cu esenta modernitatii – deci cu nihilismul – ceea ce este vaicareala fata cu esenta razboiului: vorba goale, buna de alinat constiintele lacrimoase culcusite îndaratul bunelor intentii în seminare universitare, conversatii în familie sau în palavrageala de bistrou. S-a întâmplat însa vreodata ca asa-numita „lume libera“ sa verse vreo lacrima pentru victimele razboaielor sale coloniale, neocoloniale sau ale interventiilor sale imperiale? Sau trebuie sa le dam, si de aceasta data, dreptate trotkistilor pe tema revolutiei tradate! Da, a fost tradata, macar în parte, dar, ca raspuns de fond, e o afirmatie mai mult decât nesatisfacatoare. Si Revolutia Franceza a fost tradata, si totusi a supravietuit fara probleme în liniile sale esentiale pâna spre mijlocul secolului al XX-lea! O alta voce spune ca URSS-ul s-a prabusit fiind constrâns de capitalism sa cheltuie sume din ce în ce mai mari pentru a se dota cu armament tot mai sofistifcat (avioane supersonice, rachete intercontinentale cu focoase nucleare multiple, „razboiul stelelor“). În parte, e purul adevar; dar China consacra azi sume înca mai importante pentru armament si cercetare spatiala si nu numai ca si-a conservat puterea economica, dar o sporeste odata cu puterea politica. Totusi, în lumina exemplului chinez, se poate deduce un fapt ce ne-ar putea fi de folos: anume ca acest comunism chinezesc, pretinzându-se comunism, si-a schimbat, în fapt, regimul economic – China devenind laboratorul de experiente al unui veritabil sistem mixt în care capitalismul privat stapâneste domenii foarte importante ale activitatii autonome, generând la niveluri rareori atinse, cu exceptia Statelor Unite la începutul secolului al XX-lea, o crestere economica si urbana faraonica si un consum de lux devenit scop principal al elitelor, în vreme ce afluenta produselor cu pret scazut (carora le corespunde si pretuirea scazuta a mâinii de lucru) a napadit tot mapamondul, din Occident pâna în pricajitul satuc african… Trebuie constatat însa ca China „comunista-ex-comunista-mereu-comunista“ se conformeaza, fireste în stilul sau, dominatiei mondiale a formei-capital, cu atât mai mult acum, în vremuri de mondializare absoluta; si nu numai ca i se conformeaza, dar contribuie intens la radicalizarea acesteia. China a devenit agentul principal al infinizarii fantasmatice a producerii mondiale.
Dar sa mergem mai departe. Ce putem descifra din epoca de dupa caderea comunismului dincolo de discursurile politicii-spectacol despre miscarea intelectualilor polonezi disidenti, care, de sub pulpana Solidarnosc, n-au ezitat, multi dintre ei, sa-si umple buzunarele cu gologani occidentali? La ce bun sa reluam predicile procapitaliste ale lui Havel, tinut o vreme la distanta, într-o închisoare destul de confortabila (nici pe departe comparabila cu cele staliniste sau de la Guantanamo!) ori bla-bla-ul SzDSz-ului maghiar (partid al democratilor liberi), format din fosti disidenti provenisi din elita tinerilor comunisti, disidenti alintati ai anilor 1980, supusi unei supravegheri mai degraba politicoase a autoritatilor kádariste („pâna la urma sunt copiii nostri“, spuneau batrânii aparatcici!). Ori istoriile obosite ale dlui Plesu, pseudo-disident român, beneficiar al unor burse de studiu în Republica Federala Germania la începutul anilor 1980 si al carui „exil“ la Tescani (în sudul Moldovei), în 1989, facea parte dintr-o înscenare a Securitatii care pregatea lovitura de stat din decembrie, acelasi an5… În mod clar, nu acest tip de discurs adormitor ajuta la întelegerea capitalismului salbatic post – de tipul celui din Statele Unite de dupa Razboiul de Secesiune, perfect ilustrat în recentul „There Will Be Blood“. O violenta barbara a capitalismului renascând fusese deja foarte subtil observata în Rusia, în epoca NEP sNoua Politica Economica a lui Lenin, din 1921, n. trad.t, de catre scriitorul si jurnalistul Joseph Roth6.
Dupa 1990, fiecare zi de post-comunism a fost, este si va fi, pâna la epuizarea tuturor resurselor, martora scoaterii la mezat a fabricilor si a materiilor prime din statele estice: demolarea si revinderea primelor la fier vechi sau cumpararea lor la pret de nimic si obtinerea de concesii dezastruoase pentru ecologia si economia locala, în ce le priveste pe ultimele.  Totul devenit posibil prin violenta politico-economica a capitalului occidental (FMI, Banca Mondiala, BCE, Bruxelles), în cârdasie cu diversi intermediari locali, fara ca populatia sa simta mari restristi în fata acestui – nici mai mult, nici mai putin decât – furt din proprietatea publica, deci a poporului însusi7. În plus – simplu epifenomen – epoca de dupa comunism a generat accelerarea delocalizarii a numeroase companii din Europa occidentala si chiar din Statele Unite, fapt ce dovedeste ca în postcomunism a plonjat întreaga lume occidentala, în simbioza cu cea ex-comunista. Cu rezultate evidente: natiunile din fostul bloc sovietic s-au trezit mai unite decât fusesera înainte prin sosirea masiva a unor produse identice pe pietele lor, si e vorba aici inclusiv de produse culturale si financiare, acestea din urma cu foloase frumusele – de vreme ce marea majoritate a productiei de bunuri prin munca salariata locala a fost ametita, vreme de cincisprezece ani, prin politica de credite, cu efect catastrofal, orchestrata de agentiile locale ale bancilor occidentale si ale marilor grupuri financiare internationale. În realitate, tocmai piata bunurilor de consum, a alimentelor, a programelor de televiziune, a cartilor, revistelor si a filmelor a fost cea care a multiplicat identicul la rang planetar. Caci mondializarea nu tine numai de finante si de „big business“, ci si de efectele imediate asupra consumului cotidian determinând atât experienta existentiala cea mai personala a oamenilor, cât si modurile de socializare care organizeaza în-comun-ul colectivitatilor8.
Totusi, daca toate aceste observatii ajuta la coagularea unui sens, ele nu ramân mai putin neputincioase în a oferi o interpretare profunda a marilor prefaceri din Est. La urma urmelor, cu exceptia loviturii de stat române, efectuate din ratiuni interioare foarte specifice si a razboiului care a sfarâmat Iugoslavia din ratiuni de geopolitica imperiala, „imperiul Raului“ a pierit prin implozie, fara mari conflicte, cumva s-a auto-dizolvat, desi atâtea suflete mari din politologie si chiar din filosofia politica preziceau ca abia un alt razboi mondial îl va pune jos; pâna si un spirit subtire precum Castoriadis se lasase prins în capcana unor asemenea prostii – cu doar sase luni înainte de prabusirea comunismului!


Note:
(1) „Razboiul le pare usor celor ce n-au trecut prin el“
(2) Iata ce sarcina i-au delegat stapânii inefabilului Fukuyama. Între timp, a trebuit sa se revizuiasca… Criza economica generata de hybris-ul capitalismului neoliberal a aratat spiritelor înflacarate sau numai bine stipendiate care este esenta acestuia prin neostoitul apetit pirateresc cu care bancile si institutiile financiare private s-au aruncat asupra fondurilor publice.
(3) Astfel, mai bine de trei milioane de români traiesc în strainatate: cei mai multi dintre barbati lucreaza ca muncitori necalificati în agricultura sau în constructii, iar femeile, în menaj, curatenie si ajutor pentru persoanele în vârsta. Efectele sociale si psihologice ale acestei emigrari masive, care atinge uneori mai mult de jumatate din populatia unui sat sau a unui orasel, sunt foarte adesea dramatice. Copiii, ramasi în grija bunicilor, a unchilor ori a matusilor, dezvolta diverse comportamente patogene, de la agresivitate uneori criminala fata de cei din jur, pâna la stari depresive ce pot duce la suicid.
(4) De exemplu, fraudele piramidale de tip Ponzi, ca frumos intitulatul „Caritas“, din Cluj, sau, în Albania, cea care era sa distruga o tara întreaga.
(5) La decesul celebrului jazzman român Johnny Raducanu, în noiembrie 2011, Andrei Plesu a publicat în cotidianul „Adevarul“ un necrolog în care amintea cât de placute erau serile când muzicianul venea la Tescani sa-l vada pe prietenul sau Andrei, dând acolo si un mic concert privat. Apoi, daca asta era strasnicia exilului, abia astept sa fiu si eu „surghiunit“ în aceste conditii, cu atât mai mult cu cât, daca e vorba de o manastire ortodoxa, momentul mesei este, fireste, înecat în tacere, dar atât de placut stomacului…
(6) Joseph Roth, „Reisebilder“, reluat în „Das Journalistische Werk“. Joseph Roth este si autorul celebrelor romane de tip sociografic având ca tema nostalgia dupa Imperiul Austro-Ungar si viata în Viena imediat dupa 1918, „Radetzkymarsch“ (1932) si „Die Kapuzinengruft“ (1938). Poate fi definit în acelasi timp ca opus al lui Musil si Schnitzler.
(7) Bruno Drweski et Claude Karnoouh édit., „La Grande braderie à l’Est“, Le Temps des Cerises, 2004.
(8) La Venetia, am vazut celebrele masti de carnaval purtând inscriptia „made in China“; în România, în Bulgaria si în Liban, am vazut icoane ortodoxe fabricate în China, iar la Paris, tablouri cu caligrafie araba vândute în fata unei moschei din arondismentul 18 – de asemenea fabricate în Republica Populara Chineza!

Chapit.III


Daca ar fi sa comentez titlul unei mici si istete lucrari asupra umorului politic din Est, intitulata „Le Communisme est-il soluble dans l’alcool?“ sEste comunismul solubil în alcool?t (1), as spune ca, iata, comunismul n-a fost solubil în alcool, dar s-a dizolvat întrutotul în lumea marfii si a dinamicii sale. Lumea comunista a sfârsit prin a se confunda cu un imens esec, cel al modelului ideal de American Way of Life etalat în serialele americane „Dallas“, „Dynasty“ si altele, difuzate masiv de televiziunile din Europa comunista prin anii ‘70 – ‘80 ai secolului trecut. Aceste produse ale unei realitati fantasmatice livrate de uzina de vise hollywoodiana functionau ca o veritabila supapa de siguranta, luxul pentru toti prezentându-se pe ecrane ca „realitate“ hedonista a consumerismului, cu mult mai atragatoare decât imaginea fericirii incerte promise de realismul socialist, cu moralismul sau îngust si mic-burghez. Altfel spus, nu ideile lui Marx, Engels ori Lenin au triumfat acolo unde birocratii comunismului proclamau revolutia în numele proletariatului, ci, silentios si apofazic, tocmai obiectele din marile magazine si hipermarketuri sau din fast food-uri – privite drept chintesenta a fericirii si a democratiei occidentale; – ele au fost acelea care au doborât, în sfera subiectivitatii, comunismul real. Astfel, aproape c-am putea afirma ca subiectivitatea joaca aici un veritabil rol de infrastructura.
De vreme ce criteriul post atribuit regimurilor ulterioare celui comunist trimite la mostenirea lor, în el ar rezida diferitele manifestari ale esentei modernitatii tardive ca nihilism radicalizat. Asa ca regimul comunismului real trebuie regândit si imaginat chiar în câmpul modernitatii tardive generalizate. Caci daca regimurile comuniste s-au naruit în post-urile lor, exhibând semnalmentele unei modernitati radicale, uneori, în unele aspecte, chiar ale unei postmodernitati bine instalate, faptul s-a putut întâmpla fiindca ele au fost moderne de la un capat la altul – deci nici vorba de vreun „frigider al istoriei“, expresie care facea deliciul anticomunistilor primitivi ce tunau si fulgerau prin universitatile noastre, în anii ‘90 ai secolului trecut. Daca, deci, esenta post-comunismului este cea a comunismului real se intâmpla pentru ca acesta din urma a reprezentat, in acelasi timp, atât un raspuns modern alternativ la exploatarea burgheza (dar nu cel narodnik, slavizant, românizant sau maghiarizant etc. – folosit uneori pe post de ersatz), cât si producatorul unei modernitati târzii care îl anihila, spargând limitele sociale si politice pe care el însusi le instaurase. Ca modernitate, comunismul a fost regimul politico-economic care a produs clasele de mijloc, cu idealurile lor consumeriste ce au sfârsit prin a-l delegitima.
Daca iei seama la societatea produsa de comunismul real, vreme de saptezeci de ani în URSS si vreo patruzeci în statele satelite, observi, fara îndoiala, prezenta din ce în ce mai accentuata a modernitatii celei mai radicale, desi nu înca suficient de coapte. – Un fapt atât de evident, încât uneori ma întreb la ce bun sa-ti pierzi vremea cu semidoctii care pretind contrariul? Nu voi mai face aici analiza fenomenologica a acestei modernitati, pe care am întreprins-o pe larg în ultimii ani, în textele mele din „Postcommunisme fin de siècle“ sPostcomunism la sfârsit de secolt si „L’Europe postcommuniste“ sEuropa comunistat (L’Harmattan), dupa cum si în capitolul „De la chute du communisme à la tiers-mondisation ou l’acheminement de la modernité tardive en Europe de l’Est“, din „La Grande braderie à l’Est“ (Bruno Drweski & Claude Karnoouh (coord.), Le Temps des Cerises, 2004) si, într-o versiune mai extinsa, în „Genealogia postcomunismului“ (editia româneasca si engleza), aparuta la Editura Idea din Cluj.
Orice s-ar spune, chiar de la aceasta dinamica a modernitatii radicale sau tardive trebuie plecat pentru a reinterpreta din punct de vedere filosofic situatia de dupa comunism. Daca esenta (Wesen, ceea ce se pastreaza, în prezenta sa intangibila, din fiinta particulara) modernitatii intensificate se manifesta concret printr-un numar de realizari teoretice si practice în stiinta si în tehnica, atunci, incontestabil, sistemul comunist a fost una dintre ipostazele acestei modernitati. Daca esenta modernitatii se întrupeaza într-o structura sociala articulata în jurul productiei industriale, atunci sistemul comunist a fost absolut modern, chiar hipermodern. Daca esenta modernitatii pretinde crearea unui sistem de învatamânt la scara larga, vizând pregatirea de ingineri si cercetatori stiintifici în numar cât mai mare, atunci sistemul comunist e un exemplu perfect de modernitate. Si daca aceasta productie de tehnicieni înalt calificati genereaza un socius al claselor de mijloc aflate în expansiune si care pretind accesul la bunuri sociale si materiale tot mai diversificate, atunci sistemul comunist, cu toate restrictiile si disfunctiile sale, i-a facut destul loc (2). Si daca, în fine, esenta modernitatii implica în domeniul social al dezvoltarii sale o subiectivitate a civilizatiei divertismentului, a culturii si a sportului-spectacol, atunci comunismul – cu tot militantismul sau grosolan – a produs-o si pe aceasta, întetind-o progresiv pentru a fi la unison cu Occidentul capitalist.
Care este, asadar, aceasta epoca a fiindului (Seiende) care pecetluieste caderea comunismului? Nu-i oare chiar sfârsitul primului moment de autentica modernitate din aceste tari ale Europei, aflate înca, în primele decenii ale secolului al XX-lea, la periferia arhaica a capitalismului? Caci – daca tot spui pisicii pisica – trebuie sa accepti si aceasta realitate, oricât de ascunsa va fi fost ea sub doxa leninista: taranii au fost aceia care, în esenta, au înfaptuit revolutiile comuniste din secolul XX, atât în Europa, cât si în Asia ori în America Latina. Astfel, în zona cea mai putin dezvoltata a Europei, comunismul real a produs masiv modernitate sociala, economica si culturala; sociologic, aceasta e ilustrata de masificarea proletariatului urban – muncitori, ingineri, cercetatori, functionari în servicii – oameni care inainte nu traisera decât din forta bratelor si se descurcasera cum putusera, iar acum îsi închiriau forta de munca în schimbul unui salariu. Or, conform schemelor istorice deja experimentate în Vest, vreme de trei decenii dupa Al Doilea Razboi Mondial, societatile comuniste, devenite societati ale claselor de mijloc salariate (dublate, în unele tari, ca Ungaria, de o puternica clasa de mijloc a mestesugarilor independenti), au facut un compromis istoric cu puterea, cerând – partea lor la împartirea beneficiilor – o societate a divertismentului si a consumului. Adica destinul tuturor tarilor dezvoltate din Occident (Japonia facând, din acest punct de vedere, pe deplin parte din Occidentul istoric). Odata încheiat acest prim stadiu al modernitatii, mai mult sau mai putin reusit în functie de modalitatile efective ale puterilor locale (3) – ca si cum o necesitate ontologica, aceea a Gestell-ului, s-ar fi impus devenirii –, a fost nevoie sa se treaca la stadiul urmator, care nu însemna depasirea precedentului, ci intensificarea lui, fara limitele si frânele impuse de o birocratie captiva în molozul unor reglementari acum fara rost.
Dar cum a fost cu putinta o mutatie de o asemenea amploare, o privatizare cvasi-totala a economiei, si mai ales cum a fost ea acceptata de popoarele fascinate de speranta unei noi Parusii: consumul fara grija zile de mâine, ca în serialele americane? Cum sa crezi ca poti, în acelasi timp, sa pastrezi toate avantajele comunismului si sa le câstigi pe cele ale capitalismului? Ce s-a ales de protectia statului, de serviciile publice, de posibilitatea de a asigura fiecaruia un loc de munca si drepturi sociale minimale, de sanatate, de învatamânt, de transport? În mod clar, conducatorii din anii ‘80-‘90, cei mai informati dintre ei în privinta situatiei economice a URSS-ului aflat în competitie cu Statele Unite, au înteles ca primul ciclu de aculturatie a „mujicilor“ cu masinile si programele unei lumi industriale se încheiase si ca, într-un fel sau altul, trebuia trecut la stadiul urmator, caruia prima sa structura, birocratico-politica, nu-i putuse da curs. Întelesesera asadar ca transformarea generala a economiei la finele dominatiei etalonului aur si o revolutie tehnico-informatica de importanta capitala – a informaticii pe toate fronturile – schimbasera dispozitivul mondial la începutul anilor 1970 si ca nicio tara nu se putea sustrage regulilor impuse de aceasta revolutie, atât în domeniul schimburilor comerciale si financiare, cât si în tehnologie. Sistemul de redistribuire al statului a fost prin urmare descompus, s-a renuntat la acea parte din angrenajul industrial sovietic considerat depasit, în tarile satelite el fiind cu totul scos la mezat, pentru a se accede la posibilitatile cvasi-infinite oferite de piata libera, care de fapt ramasese (si ramâne) controlata în mare parte de fostele elite si de progeniturile lor. Ca aceasta transformare s-a facut pe modelul descompunerii-recompunerii, ca în fosta URSS si în tarile satelit, sau ca s-a desfasurat ca o reconvertire spectaculoasa si totalmente inedita a partidului comunist, ca în China, nu trebuie sa mire, caci oamenii sunt mai degraba gânditi de timpul în care traiesc, decât îsi gândesc ei timpul. Nu e nicio tradare la mijloc, cum crede, repetând-o ad nauseam, acea extrema stânga incapabila sa priveasca în ochi josnicia si lasitatea umana si sa traga din asta cuvenitele concluzii despre natura omului! Caci, cu exceptia conflictelor nationaliste (din fosta Iugoslavie, Tarile Baltice sau din Caucaz), niciun popor nu s-a împotrivit disparitiei statului protector, fie el unul autoritar si dictatorial, si nu s-a opus pietei fara limite, supraconsumului si supraexploatarii. Toti erau deja acolo, prezenti în sânul socialismului si al comunismului real: si adoratorii Vitelului de aur al consumerismului, si alienatii societatii spectacolului. Când s-a ajuns la fundul paharului, situatia economica a lumii sovietice (cu imensele sale erori fata de om) n-a mai nascut decât o singura speranta: visul american.
Asadar, o data în plus, timpul, logica în care se dezvolta esenta formei-substanta Capital (respectiv ceea ce se pastreaza în sine si pentru sine din forma-substanta Capital), înscrisa în Tehnica, în calitatea ei de ultima metafizica a modernitatii, timpul este, zic, ceea ce comanda discursul Dasein-ului în era post, iar nu invers; asadar subiectivitatea. Fapt care ne conduce firesc la interpretarea imploziei comunismului european si a mutatiei chineze drept o reactualizare-radicalizare a unicului autentic subiect al istoriei modernitatii târzii: nu proletarul, ci Capitalul si capitalistii. Acestia din urma reprezentând întotdeauna clasa mondiala în chip obiectiv stapâna a finantelor si a productiei si, subiectiv, clasa dotata cu o hiperconstiinta a intereselor sale de clasa; singura care stie sa întoarca, altfel spus, în folosul sau lupta de clasa, fara a slabi, fara a se lasa furata de mirajul industriei culturii si a sportului prin care altminteri e abrutizata, cu voia ei, populatia.
Ceea ce ma conduce, logic, la revizuirea uneia dintre afirmatiile idealiste ale lui Marx si Lukács – anume ca revolutia proletara nu e posibila decât în momentul unificarii obiectivitatii si subiectivitatii subiectului istoric intr-un tot comun, pe care doar proletariatul l-ar putea întruchipa… La scara timpului istoric al esentei formei-substanta Capital, între momentele de exploatare maximala si cele ale keynesianismului, se pare ca doar capitalistii au fost pe punctul de a reusi aceasta unificare între obiectivitate si subiectivitate, dincolo de hazardul si incidentele neprevazute, inerente devenirii umane. Fapt ce ar trebui sa le dea de gândit acelora care viseaza înca revolutii peste revolutii, repetând, ca pe niste mantre, blocaje analitice care, la urma urmei, nu exprimau decât naivitatea generoasa si plina de speranta a epocilor inaugurale, ale vremurilor de inocenta politica a proletariatului –, sau, mai rau, afundându-se în iluziile falsei constiinte reformiste nutrite de viclenia Gestell-ului (punerii laolalta, com-punerii, dispozitivului) tehno-stiintific. Dupa cum a aratat adesea Heidegger, exista moduri de a fi anti– ce rezida în aceeasi determinatie a acelui lucru împotriva caruia se ridica (4)… iar în cazul de care m-am ocupat pâna acum, este vorba de dinamica unui deja-acolo aflat în asteptare (postcomunismul), care urma nestingherit, sub camuflaj, drumul comunismului institutionalizat de stat. Si, dupa cum bufnita Atenei îsi ia zborul la venirea noptii, adevarul i-a fost revelat abia când a disparut prin implozie, post factum, – ca reînnoire dinamizata a figurii nihilismului. Postcomunismul se vadeste, asadar, dupa douazeci de ani, ca element-cheie al desavârsirii capitalismului de tipul al treilea – stadiu ultim al mondializarii tehno-financiare.
Paris, septembrie 2011 – ianuarie 2012


Traducere din franceza de 
Teodora Dumitru



dimanche 15 janvier 2012

Art et politique en Europe postcommuniste : l’exemple du musée de l’art socialiste de Budapest



Continuité et occultation
Art et politique en Europe postcommuniste : l’exemple du musée de l’art socialiste de Budapest*

Prologue


Entre 1989 et 1997, les effets de la chute des régimes communistes de l’Est européen ont inspiré quelques films d’une rare perspicacité. Semblables aux grands romans naturalistes du XIXe siècle, chacun, conçu comme un fresque, nous offre une métaphore de ce moment inouï de notre histoire[1], et, parmi ceux-ci, par son ambition, Le Voyage d’Ulysse se présente à coup sûr comme l’un des plus somptueux. Une scène servira à illustrer mon propos, celle où le héros, un grec américain originaire de Constanta en Roumanie, part en quête d’un passé balkanique dès longtemps déchiré de violents conflits entre des peuples récemment libérés de la domination ottomane, au moment où brusquement ils accèdent au statut d’États-nations modernes. De retour dans la ville de son enfance, il entreprend de remonter le Danube depuis son embouchure jusqu’à Belgrade. La grande barge qui l’y conduit est lourdement chargée d’une gigantesque statue de Lénine destinée à grossir les collections d’un musée allemand. Tout au long de son chemin, le héros défile lentement non loin des berges limoneuses du grand fleuve ; là, il rencontre des pêcheurs, vieux-croyants russes venus d’un autre âge, s’étonne des théories de cargos rouillant au mouillage, embrasse du regard de colossales ruines industrielles et des villages miséreux, entrevoit, au sommet des rives, des gens hagards, fixant, comme hypnotisés, cet étrange colosse de pierre blonde au flanc duquel un homme contemple un spectacle qui l’étonne bien plus que la découverte, aujourd’hui banale, d’une quelconque île exotique.
La dissonance entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest demeure. Entre un monde épuisé par un frénétique développement industriel et urbain et un monde qui a déjà accompli la troisième révolution moderne — celle de l’électronique et de l’informatique ; entre un monde où toutes les choses du passé communiste — comme le réalisme socialiste — sont honnies et moquées, et celui où tout devient marchandise et objet de musée, le contraste perdure.[2] Un Lénine figé dans sa pierre monumentale entre dans un musée occidental, tandis qu’en Europe de l’Est tous cherchent à l’oublier… En dépit d’une mutation économique radicale, une nouvelle incarnation du contraste Est/Ouest se manifeste dans ce rapport au passé.

Construction et destruction


La mise en scène esthétique du pouvoir politique par lui-même n’est pas un phénomène propre aux régimes dictatoriaux du XXe siècle. Depuis la naissance de la civilisation urbaine, dans la cité où se tient le centre du pouvoir, des monuments, des statues, des bas-reliefs, des peintures murales, ont représenté, symbolisé, mis en formes allégoriques et symboliques le pouvoir du moment, que des pouvoirs postérieurs ont détruit.[3] Dès lors qu’il y a Cité-État, ville royale, capitale d’un État, quelle que soit la forme du pouvoir politique, il y a mise en scène esthétique du politique.
Plus tard, le déploiement de la modernité mit en scène les représentations d’entités politiques et sociales abstraites : la République, la liberté, l’égalité, l’Etre suprême en France, la Germanie en Allemagne wilhelmienne, la Constitution, la Paix entre les peuples, telle ou telle doctrine, etc. On y vit encore la mise en œuvre de cultes de la personnalité que l’on avait crû dépassés par l’avènement de l’empire de la Raison raisonnante et raisonnable. Ainsi, allégories et symboles coexistèrent avec des représentations plus personnalisées du pouvoir. Aucun système politique n’y échappa, pas même les Etats-Unis avec les sculptures des premiers présidents de l’Union taillées au flanc du mont Skidmore.
En Union soviétique, après l’explosion des multiples avant-gardes, leur mise au pas, commencée à la fin des année 1930, puis à la fin des années 1940 par les États communistes d’Europe centrale et orientale, apporte de puissantes contributions à l’expansion de cette production esthético-politique.[4] Parmi elles, plus que la peinture de chevalet, le graphisme (avec des affiches où subsistent encore des procédés avant-gardistes acceptés dans les années 1940) et la statuaire, parce qu’ils sont exposés directement à la vue quotidienne des passants, parce qu’ils occupent des lieux dans la ville où le pouvoir réalise son auto-affirmation par des cérémonies qu’il organise, et explicitent ainsi plus clairement les enjeux politiques de l’esthétique. Après 1948, la statutaire des lieux publics des pays d’Europe centrale et orientale, devenus le glacis soviétique, subit une profonde transformation, et nombre d’œuvres installées sous les anciens régimes y furent détruites ou soustraites au regard pour être remplacées par de nouvelles, produites selon les canons du réalisme socialiste tel que Jdanov les fixa en 1947, après les hésitations et les conflits des années 1930 en Union soviétique.[5]
En 1989, la chute du communisme entraîne une nouvelle transformation, dont les significations politiques, sociales et esthétiques révèlent les nouveaux référents symboliques grâce auxquels ces sociétés en « transition » s’identifient au nouveau cours « démocratique et libéral » du politique, du social, de l’économique.
Ce qui change aujourd’hui n’est pas la statuaire réaliste socialiste de l’époque stalinienne. Après le XXe Congrès du PCUS, et surtout à la suite de ses effets en Europe centrale et orientale — les révoltes et les révolutions qui ébranlèrent la Pologne, la R.D.A. et surtout la Hongrie — la situation se compliqua. Staline ne fit plus l’objet du culte quasi mystique qui lui était rendu sous la forme de portraits et de statues gigantesques . On revint à Lénine et à une sélection de figures de l’histoire nationale acceptables par les dogmes marxiste-léninistes — par ailleurs fluctuants — appliqués à l’histoire politique et sociale, tout en continuant à favoriser les représentations des acteurs collectifs privilégiés de la société communiste en construction : les divers types de « travailleurs », l’ouvrier industriel et agricole, le soldat de l’armée populaire, le savant et l’intellectuel reconnu, le sportif, le cosmonaute. Certes, nombre de sujets demeurent d’emblée exclus : bien sûr les collaborateurs des régimes fascistes ou nationalistes, mais encore les exclus de gauche ou de droite du mouvement communiste international ; il n’empêche, une continuité se fait jour qui, de facto, rompt avec la tabula rasa du passé pour donner à voir des héros historiques « bourgeois »[6]. Une lente réhabilitation de l’histoire nationale s’élabore selon diverses modalités, au fur et à mesure que chaque pays communiste déploie ses propres inclinations dans la manière de renouer avec son passé.[7] Mais, quoi qu’il en fût, il s’agissait toujours de lire l’histoire nationale dans la perspective de la fabrication de l’« homme nouveau ».
Cette deuxième phase du communisme en Europe centrale et orientale est marquée par un développement sans précédent de l’urbanisme ; quand ils ne sont pas défigurés, voire détruits, de gigantesques banlieues viennent enserrer les centres historiques des villes. Dans ce mouvement, qui n’est, au bout du compte, que l’une des formes du déploiement de la modernité, des espaces publics sont occupés par la statuaire propre à cette deuxième période. C’est cette statuaire qui, après la chute des pouvoirs communistes, subit une importante transformation.
Ce n’est guère là un phénomène original. Destructions et reconstructions de statues et de monuments occupent une place de choix dans l’histoire européenne médiévale, moderne et contemporaine. Si certains sont surpris de ces transformations, cela tient à une double vision du monde qui domine aujourd’hui les esprits. D’une part, on s’étonne qu’en un siècle où la Raison aurait dû triompher, des destructions incommensurables, qu’elles soient le fait de la guerre totale ou de l’urbanisme moderne, ont bouleversé de fond en comble des paysages urbains qui, longtemps, s’étaient développés en cercles concentriques autour des premiers centres historiques[8]. D’autre part, notre temps est travaillé par l’obsession de la conservation, qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a transformé la plupart des villes d’Europe occidentale en musées. De ce point de vue, l’Europe orientale manifeste un décalage certain avec l’état d’esprit occidental ; ici, la muséographie des villes, hormis Prague, Ljubljana ou Budapest, n’est pas encore entrée dans les mœurs communes. Aussi le passé récent, surtout s’il devient un passé honni, a-t-il perdu toute valeur représentative. A cette différence il convient d’ajouter l’ambiguïté des critères esthétiques du réalisme socialiste. En effet, si le dogme réaliste socialiste apparaît essentiellement comme une réaction aux avant-gardes cubistes, formalistes, constructivistes ou suprématistes, celui-là n’a jamais, comme ceux-ci, repoussé les œuvres classiques de l’histoire de l’art européen, mais, selon une orientation dictée par Lénine, le cours nouveau de l’histoire devait faire apparaître un autre sens, peut-être plus caché, et cependant plus en conformité avec le matérialisme historique, afin d’œuvrer à l’éducation politique du peuple.
« Le marxisme […] loin de rejeter les plus grandes conquêtes de l’époque bourgeoise, […] a — bien au contraire — assimilé et repensé tout ce qu’il y avait de précieux dans la pensée et la culture humaines plus de deux fois millénaires. Seul le travail effectué sur cette base et dans ce sens, animé par l’expérience de la dictature du prolétariat, […], peut être considéré comme le développement d’une culture vraiment socialiste. »[9]
En bref, pour le pouvoir bolchevique, dès les années 1920 la création socialiste n’est rien de moins que l’héritage de toute la culture européenne, soumise à l’éclairage critique du matérialisme historique et dialectique : ce n’est donc pas la forme esthétique qui prime, mais bien une lecture de l’origine et du développement pour une Bildung tendue vers un nouveau destinataire, le « prolétaire-idée » selon l’interprétation qu’en donne Berdiaev.[10] Le sens de l’histoire de l’art s’élaborera désormais comme un pan d’une histoire générale regardée à l’aune du développement des forces productives.
Une fois liquidé ou remplacé le culte stalinien de la personnalité — et tout en demeurant partiellement fidèle au réalisme socialiste —, la voie était ouverte à la récupération contrôlée de certains aspects de l’histoire nationale de chaque pays communiste (ceux qui pouvaient supporter une évidente et claire réinterprétation marxiste-léniniste), si bien qu’après les années 1960, la représentation statuaire publique manifestait un syncrétisme thématique et formel, certes fortement marqué par le réalisme naturaliste propre à l’art académique du XIXe siècle, mais ouverte à des courants un peu plus modernes, naguère condamnés par le dogme jdanovien. Dans certains pays, comme la Hongrie et la Pologne on vit même réapparaître des formes statuaires proches du groupe français de l’Entre-deux-guerres, les Forces nouvelles dont Gromaire ou Lhote étaient les chefs de file. Après 1989, c’est l’ensemble hétéroclite de ces œuvres qui sera retiré des lieux publics ou tourné en dérision par des tags ou des enveloppements empruntés respectivement à Basquiat et à Christo.

Conservation, élimination, occultation


Selon la politique culturelle de chaque pays de l’Est, le traitement de la statuaire publique révèle les relations que les nouvelles-anciennes élites entretiennent tant avec l’époque communiste qu’avec les époques précédentes. En effet, les statues occupant l’espace urbain sont autant de signes qui soutiennent une interprétation historique et soulignent une mise en exergue de situations et d’événements, ainsi que les personnages en renom qui y participèrent ; en bref, la statuaire manifeste le choix d’une scénographie historico-politique, au détriment d’autres possibles.
Le musée en plein air de l’art socialiste de Budapest en offre un exemple pertinent, où complexité et ambiguïté font apparaître les enjeux politiques de la statuaire publique dans le cours de la « transition ». Il suffit de lire avec attention le catalogue qui en présente les intentions pour saisir les contradictions qui habitent les résultats obtenus[11].
Situé dans une lointaine banlieue quasi rurale, rejeté aux marges occidentales de la ville sur l’ancienne route qui mène au lac Balaton, le musée s’y est installé dans une position excentrée. Après une heure de voyage en autobus, depuis le centre de la ville on y accède difficilement ; aussi, la distance et la difficulté dissuadent-elles nombre de touristes étrangers de s’y rendre. Si la plupart des élites hongroises s’accordent présentement à vanter les mérites de l’économie capitaliste, il appert qu’une telle situation ne facilite guère l’affluence des visiteurs, et donc affecte la rentabilité du musée. Cette contradiction montre, mieux que bien des discours, l’amphibologie des relations que ces élites entretiennent avec le passé communiste.
De fait, il s’agit bien d’une mise à l’écart puisque les œuvres, sorties du contexte urbain où le pouvoir les avait placées, n’ont pas même été réinstallées dans des salles consacrées à cet effet qui auraient pu être ouvertes, par exemple, au sein du musée national d’art (Nepszépmüvézet Galeria) situé dans le bâtiment central et les deux ailes du château royal, sis sur l’une des collines de Budapest qui domine le Danube au centre de la ville. C’est bien là le « cimetière des statues » comme l’indique le titre de l’article du catalogue qui présente le musée aux visiteurs.[12] Certes, le passé n’a pas été enfoui dans quelques réserves inaccessibles de lointains musées de province, il n’empêche, l’idée de créer un « cimetière » manifeste une volonté d’expulsion hors la ville de toutes ces figures qui marquaient auparavant non seulement l’histoire politique du pouvoir communiste depuis 1948, mais aussi celle d’événements qui jouèrent un rôle important dans l’histoire politique et sociale de la Hongrie depuis la Première Guerre mondiale : les luttes de la Commune de Budapest en 1919, la répression de la « terreur blanche », l’installation de la dictature horthyste, les conflits sociaux qui suivirent, la montée du fascisme au cours des années 1930, la libération de Budapest par les troupes soviétiques.
Si l’on reprend le texte du même auteur, on y trouve le dessein de l’architecte, Akos Eleöd, concepteur du musée et réalisateur de la mise en scène des statues qui y sont exposées. On y entre par une porte monumentale de briques rouges flanquée de deux grands arcs où se tiennent les gigantesques statues des figures tutélaires du communisme : à droite, le couple fondateur, Marx et Engels, à gauche le prophète, Lénine. Cette entrée « triomphale » vise, selon son auteur, à créer chez le visiteur un « sentiment d’oppression ». Toutefois, si tel était le but, on ne comprend pas pourquoi ne s’y dresserait point une statue de Staline. En effet, pour créer un authentique « sentiment d’oppression », une majestueuse statue de Staline eût été plus efficace encore en rappelant celui qui déploya totalement la terreur rouge comme moyen de gouvernement. Ni statue de Staline, ni statues de ses émules hongrois, Rákosi et Gérö, renversés et mis à l’écart à la veille de la révolution de 1956 ; elles auraient eu pourtant légitimement leur place dans ce « cimetière » des statues, qui n’est rien moins que le cimetière de l’histoire. Malgré son excentricité topographique, le musée se veut une « présentation pertinente des statues, une représentation qui échappe à toute dérision pour formuler une critique de l’idéologie qui fut la sage-femme de ces œuvres. […] une présentation guidée par la modération d’une froide objectivité »[13]. Pourquoi, dès lors, éliminer les statues des figures éponymes du stalinisme ? De même que sont éliminées les statues représentants les diverses figures du peuple emblématisées pendant les années 1950, comme s’il était honteux de présenter sous les traits d’un naturalisme idéalisé les gens ordinaires dans leurs activités quotidiennes ou leurs loisirs. Par exemple, pourquoi ne pas avoir présenté les groupes sculptés par Lajos Ungvári, Les Lycéens (1954), Dezsö Györi, Les Gymnastes (1958), Sándor Mikus, Les Joueurs de football (1958) et Dezsö Erdei, Les coureurs de relais (1958), naguère installés dans le parc du « Stade du peuple ».
Si, comme l’affirme son créateur, l’objectif de ce musée avait été la mise en scène d’une « froide objectivité », il eut fallu une autre présentation. En effet, si Marx et Engels n’ont eu aucun rapport chronologique avec le monde des avant-gardes (quoiqu’ils aient dû connaître les premiers Impressionnistes), il en va autrement de Lénine. Même si ses goûts et son interprétation du rôle dévolu à l’art dans la nouvelle société qu’il se proposait de bâtir n’avaient rien qui puisse s’accorder avec les avant-gardes, il n’empêche, c’est sous son pouvoir que ces mêmes avant-gardes purent exprimer pleinement leur pouvoir créatif, leurs conflits et les significations politiques qu’elles leur attribuaient, au point que des trains de propagande envoyés sur les territoires reconquis par l’armée Rouge étaient décorés par les plus radicaux des futuristes, des constructivistes et des suprématistes[14]. N’est-ce pas à Tatline, artiste d’avant-garde par excellence, que fut commandé en 1919 le monument commémoratif de la IIIe Internationale et dont le deuxième modèle fut exposé à Paris en 1925, après la mort de Lénine, lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs et de l’industrie ?[15]. Ainsi, le réalisme socialiste ne fut seul à entretenir des relations étroites avec l’idéologie marxiste-léniniste : les avant-gardes en firent autant, comme le prouve l’étonnant article de Malévitch qui, à la mort de Lénine, fit du Carré noir son icône suprématiste, son expression de l’essence contre toute représentation, figurative qualifiée par l’artiste de réactionnaire.[16]
Si, aux œuvres d’avant-gardes directement liées à l’idéologie marxiste-léniniste l’on avait adjoint la statuaire proprement stalinienne, commune à tous les pays de l’Est dont les nombreuses réalisations furent détruites ou sont dissimulées dans les réserves des musées[17], le spectacle ainsi offert n’aurait point manqué de montrer combien au XXe siècle les rapports de la politique à l’art relèvent de soubassements beaucoup plus complexes.[18] On rencontre dans cet oubli une ambiguïté qui touche aux origines mêmes du mouvement bolchevique, à la Commune de Budapest mais aussi à la libération de Budapest par l’Armée rouge au début de l’hiver 1944-1945.
Nombre d’œuvres exposées traduisent par leur forme cette ambiguïté en ce qu’elles sont des produits tardifs du communisme hongrois et portent déjà les éléments d’une modernité qui eût été refusée naguère par les censeurs du réalisme socialiste. Ainsi le mémorial dédié à Béla Kun, Jénö Landler et Tibor Szamuely ne traduit aucunement une quelconque « froide objectivité ». Il s’agit de personnages de la gauche communiste hongroise qui jouèrent un rôle important pendant l’Entre-deux-guerres. Béla Kun, chef de la Commune de 1919 fut liquidé en Union soviétique lors de la dernière grande purge en 1939 ; Jénö Landler mourut exilé en France en 1928 et Tibor Szamuely est soupçonné d’avoir été assassiné ou de s’être suicidé en Autriche, après avoir passé clandestinement la frontière en août 1919. Mettre dans le « cimetière » du réalisme socialiste ces monuments réalisés tardivement, pendant le « communisme goulasch » du kadarisme, et consacrés à ces personnages engagés dans l’époque révolutionnaire et contre-révolutionnaire qui suit immédiatement la tragédie des grandes danses macabres de la Première Guerre mondiale, c’est faire preuve d’anachronisme, car nul ne peut ignorer que parmi les premiers militants du parti communiste hongrois se trouvaient des artistes d’avant-garde qui furent appelés, comme dans la Russie bolchevique, à réaliser des œuvres (en particulier des affiches) illustrant le mouvement révolutionnaire.[19] De même, le groupe de civils et de soldats, présenté comme un théâtre d’ombres découpé dans de la tôle et dominé par un Béla Kun de bronze stylisé, aranguant cette foule sous un réverbère, rappelle la Commune et le réel soutien populaire dont elle fit l’objet lors de ses premiers mois. Du point de vue stylistique, il paraît impossible de saisir en quoi ce groupe ressort aux canons formels du réalisme socialiste. Réalisée en 1986, cette œuvre annonce déjà une facture plutôt postmoderne par la simultanéité des styles et des matériaux composites employés, et s’écarte ainsi de tous les dogmes esthétiques imposés en 1947 par Jdanov[20]. De fait, l’œuvre que l’on juge ici en l’exilant au « cimetière » n’est autre que l’histoire. Manière propre à la « transition » de jeter aux « poubelles de l’histoire » les événements du passé qui ne conviennent plus aux visions du présent. Ici la “froide objectivité » s’apparente à la chaude subjectivité de l’anachronisme.
Une même intention confuse anime la présence en ce musée du monument dédié en 1968 aux combattants hongrois des brigades internationales, dont les figures symboliques lèvent le poing, s’inspire explicitement du style de Gromaire, dont les choix formels ne devaient rien au réalisme socialiste. Ce n’est donc point la forme et son origine idéologique telle que l’a définie le créateur du musée qui est ici condamnée, mais bien le référent historique. C’est pourquoi, aucune statue avant-gardiste représentant ou symbolisant des événements engendrés par la révolution bolchevique, en Russie ou en Europe de l’Est, n’y sont présents.
Enfin les statues des deux officiers de l’Armée rouge tués en avril 1944, au moment où ils étaient envoyés exiger la reddition des troupes germano-hongroises assiégées, lèvent bien le voile sur les enjeux idéologiques du musée. Erigées en 1951, leur facture représente une fidèle incarnation des normes du réalisme socialiste. Ce référent formel légitimerait donc leur place dans ce « cimetière »  . Toutefois, les expulser de la ville revient à attribuer une signification négative à l’événement de cette libération, et, quelle que soient les critiques qu’un point de vue éthique (et non esthétique) conduit à porter sur l’Union soviétique de 1944, cette expulsion voue à l’oubli l’enjeu tragique de cette guerre, les combats sans merci menés par les deux totalitarismes, où la Hongrie eut sa part de responsabilité du côté de l’Axe, et les communistes de l’autre. C’est occulter le rôle décisif joué par l’Armée rouge dans l’épuisement de l’Allemagne nazi et sa défaite finale, et ce quel que soit notre jugement sur les erreurs stratégiques et tactiques de ses chefs et les carnages qu’elles entraînèrent.[21]
D’autres statues maintenues par le régime communiste, ou construites sous son égide, n’ont pas été mises au rebut quoiqu’elles présentent un style naturaliste-réaliste idéalisé, ou un kitsch historiciste qui n’a rien à envier au réalisme socialiste. Ainsi apparaît à un véritable regard froid la statue de Kossuth érigée sur la place du Parlement.[22] Mais ici, il s’agit d’exalter une histoire nationale tout autant mythifiée que celle du communisme. On le constate, l’enjeu de ce musée n’est pas essentiellement la question des styles et de leurs origines idéologiques, mais bien celle des titres des œuvres quel qu’en soit le style. C’est pourquoi les choix ressortissent à une question de sens. Or, de par leur position topographique, les œuvres fonctionnent dans la ville (ou plutôt à l’extérieur de la ville) comme celles produites naguère selon les canons du réalisme socialiste ou plus tard selon des critères formels plus composites permise par le kadarisme : éviction ou maintien, ensemble elles scandent une nouvelle lecture de l’histoire.
La mise à l’écart de cette statuaire composite ne vise à rien d’autre qu’à mettre entre parenthèses, par-delà l’expérience du régime communiste, un aspect essentiel de l’Entre-deux-guerres : le mouvement social, révolutionnaire, le mouvement syndical et, par-delà, pour ce qui tient de l’histoire l’art, la complexité des rapports entre les avant-gardes artistiques, les arrière-gardes académiques et les avant-gardes politiques[23]. Certes, si comme l’affirme l’auteur, ce musée ne s’apparente en rien « à une plaisanterie », en revanche, il traduit une intention critique fondée sur une décontextualisation des événements qui, au bout du compte, se présente comme la mise en scène d’un moment de notre histoire contemporaine envisagée uniquement sous un angle moraliste (et non éthique) néo-post c’est-à-dire regardée comme malfaisant et néfaste. Jamais l’histoire des hommes n’a été morale, et y faire face, « la regarder dans le blanc des yeux » comme le suggère Heiner Müller dans ses mémoires, n’est rien que la prise en compte d’une présence qui demeure toujours à être pensée. En mesurant ce moment d’histoire à l’aune du moralisme banal de notre modernité tardive, on fait montre d’une paresse d’esprit qui écarte toute possibilité d’aboutir à une herméneutique contextuelle.
Il est significatif que la plupart des visiteurs du musée soient les touristes occidentaux en visite à Budapest, mais sa place excentrée ne leur permet point de saisir combien le kitsch réaliste fin-de-siècle qu’ils admirent dans la ville (par exemple, le groupe du Millenium (1880) qui représente des chefs des tribus magyares dominés par Árpád) s’apparente au kitsch socialiste exposé dans ce musée. Peu de visiteurs hongrois s’y rendent pour le montrer à leurs enfants ; une telle réserve, s’apparente à ce que la psychanalyse nomme la dénégation : « Je sais bien mais quand même… ». Voilà  un état propice à engendrer des attitudes schizoïdes chez les sujets de la « transition » qui se trouvent ainsi plongés dans l’incapacité d’assumer clairement leur propre passé en l’absence des symboles du passé collectif.
Il en va de même avec les suppressions d’aujourd’hui. C’est pourquoi il convient d’interroger le sens de cette démarche qui prétend, au travers des œuvres esthétiques, repousser la totalité de l’expérience du régime communiste. Le pouvoir communiste aussi a démoli des statues, lui aussi en a caché dans les réserves de musée afin de les soustraire à la vue de la population, comme si cela eût suffi à faire oublier ce que les sujets et les acteurs de l’histoire vécurent ou subirent auparavant.[24] Cela se sait, la mémoire des événements de la période antérieure au régime communiste politiques — aurait-elle été vécue positivement ou négativement — ne disparut point de la conscience de la population hongroise, comme le prouvèrent les destructions populaires et spontanées accomplies pendant la révolution de 1956. Pourquoi celle de la dernière époque communiste disparaîtrait-elle aussi rapidement ?
Certes, les choix n’étaient guère aisés : toute soustraction, toute addition d’œuvres pose en effet le problème d’une relecture de l’histoire, tant de l’histoire de l’art que de l’histoire politique et sociale. Néanmoins, celui qui prétend travailler dans l’esprit d’une « froide objectivité » aurait dû avertir le visiteur que toute exposition, relève toujours de l’ambiguïté et de l’équivoque, puisque l’on décontextualise. Ainsi exposer des statues en un lieu qui n’est plus celui de leur première monstration, n’est rien moins qu’un acte de muséographie, impliquant le constat que tel ou tel art est devenu une chose morte, une chose qui vient enrichir la frénésie nécrologique des cryptes muséales qui dorénavant envahissent le monde. La « froide objectivité » eût été, me semble-t-il, de laisser les statues dans leur contexte urbain, voire de leur adjoindre certaines autres, déboulonnées en 1956. Pour lors le visiteur, le passant, eût été conduit à saisir avec une plus grande lisibilité le décor statuaire de la ville dans son contexte historique, à le naturaliser, à le normaliser en quelque sorte, et donc à accepter l’histoire telle qu’elle fut.[25]
L’attitude adoptée par le concepteur du musée ne diffère guère de celle des communistes : comme eux, il travaille à une inversion de sens. On change d’Église, mais point de style. Quoiqu’il se montre sous un jour beaucoup moins agressif, ce musée « cimetière » rappelle encore quelque chose de plus inquiétant, à savoir l’exposition de l’art dégénéré organisée par les nazis en 1937 à Munich. Cependant, à la différence des tenants de l’art teutonique, martial et académique, ici, il est bien moins question de formes que de sens ou de possibilité de sens de l’histoire. Aussi, le choix des œuvres exposées, ainsi que leur mise en scène, traduisent-ils parfaitement l’idéologie dominante de notre époque postcommuniste, celle qui regarde le tragique de l’expérience communiste comme une sorte de tératologie de la politique, comme une maladie honteuse qu’il conviendrait de guérir à tout jamais. Tout fonctionne comme si l’extrémisme politique de masse ressortissait à une pathologie sociale[26], comme si le communisme de type soviétique et ses avatars européens n’étaient pas définitivement morts et déjà entrés dans les arcanes et les controverses des interprétations historiques, comme si enfin l’avènement planétaire de l’économie de marché ne signait pas la fin de l’histoire dans un devenir réglé par la production et la gestion des échanges de marchandises et des flux financiers. Ce faisant, sans qu’il le sache le créateur de ce musée a placé sa scénographie au cœur la modernité tardive (ou de la postmodernité), au cœur de cette transhistoricité faite de simultanéités et de juxtapositions synchroniques et diachroniques qui abolit toute référence contextuelle, et qui, de ce fait, rend impossible de penser les conditions de possibilité (au sens kantien) de cette époque singulièrement tragique et meurtrière.[27] Car, en ultime instance, ce sont toujours des hommes bien vivants, et non des lémures, qui commettent les crimes collectifs. Voilà qui demeure encore la grande énigme…


* Une première version de ce texte est parue dans Lieux de mémoire en Europe médiane. Représentations identitaires, sous la direction d’Antoine Marés, Publications de l’INALCO, Paris, 1999. Dans cet essai il n’est pas question de traiter des artistes plus ou moins marginaux qui, après la fin du stalinisme, cherchèrent à se synchroniser avec les mouvements esthétiques occidentaux. Il s’agit de l’art officiel financé par les institutions culturelles de l’État.
[1] Sur le thème du postcommunisme, je rappellerai le film du Roumain Pintilie, Trop tard, celui du Macédonien Milcho Manchevski, Before the Rain, Lamerica de l’Italien Gianni Amelio sur l’Albanie, le plus somptueusement flamboyant, celui de Kusturica, Underground, sur la dislocation de la Yougoslavie, et l’exceptionnel Voyage d’Ulysse  de Théo Angelopoulos dont il sera ici question.
[2] Cette affirmation doit être quelque peu nuancée. Ainsi, le ministère du tourisme roumain a récemment décidé d’organiser pour de riches touristes occidentaux un circuit des anciennes résidences officielles occupées dans le pays par le dernier secrétaire général du Parti communiste, Nicolae Ceausescu.
[3] A cet égard, il convient de souligner une différence entre l’iconoclasme populaire spontané et l’iconoclasme organisé par le pouvoir central, État-cité, État monarchique, Empire, République oligarchique, Église, etc.
[4] Cette personnalisation de la représentation des figures emblématiques d’un pouvoir politique dans le monde moderne appartient non seulement à tous les régimes communistes d’outremer, mais aussi à tous les mouvements de libération et aux régimes de droite ou de gauche qui leur ont succédé après la prise du pouvoir, y compris dans les pays de tradition musulmane. Ce phénomène mériterait une étude particulière, car il s’agit d’un mode de représentation venu de la tradition tridimensionnelle occidentale dans des cultures qui n’avaient jamais connu ni l’idéa platonicienne, ni la mimétiké néo-aristotélicienne et thomiste. En cela, il convient de regarder ce phénomène comme l’une des intrusions de la modernité, fût-elle exprimée sous des formes naïves et populaires.
[5] Cf. le chapitre précédent.
[6] Ce recours aux héros historiques avait déjà un précédent en U.R.S.S. qui en fit un large usage pendant la Seconde Guerre mondiale et lors de la remobilisation de l’Après-guerre pour la reconstruction du pays. Cf. les films Alexandre Nevski, Pierre Le Grand, etc.
[7] Ainsi, au milieu des années 1980, même la R.D.A. de Honneker renoua avec Frédéric le Grand, figure emblématique du prussianisme longtemps dénoncé par les communistes comme la source du militarisme germanique conquérant.
[8] Certaines villes italiennes, dont Naples représente un parfait exemple, ont conservé cette organisation où, du centre à la périphérie, on parcourt insensiblement une architecture qui va l’antiquité grecque et latine aux immeubles imposants du XIXe siècle et aux affreux H.L.M. de la spéculation foncière.
[9] Lénine, Écrits sur l’art et la littérature, op. cit.
[10] Nicolas Berdiaev, Sources et sens du communisme russe, op. cit.
[11] Szoborp RK Muzeum, Budapest, Publications of the Statue Park, sd. Budapest.
[12] Op. cit., Tibor Wehner, « Public Statue Cemetery from the Recent Past ».
[13] C’est moi qui souligne.
[14] Cf. le catalogue de l’exposition Paris-Moscou au Centre Georges Pompidou, Paris, 1979, illustration page 326, « Wagon de train d’agitprop d’octobre 1919 ».
[15] Tatline, sous la direction de Larissa Jadova, Corvina, Budapest et Philippe Sers, Paris. Cf. illustration 186 et son commentaire. Dans le catalogue de l’exposition n° V/4b.
[16] Kasimir Malevitch, op.cit.
[17] Une information qui m’a été rapportée par Sorin Antohi (ex-professeur d’histoire des idées à l’Université de Bucarest) ne manque pas de surprendre et de compliquer l’interprétation du destin des statues. En Roumanie un certains nombres de statues de Staline, dont beaucoup de bustes, ont été recyclées pour représenter l’écrivain transylvain Ion Slavici, l’un des fondateurs du nationalisme roumain au XIXe siècle. Il est parfois des ressemblances surprenantes !
[18] Cf. les textes réunis par Péter György et Hedvig Turai sous le titre, Art and Society in the Age of Staline, Corvina, Budapest, 1992.
[19] C’est dans l’appartement occupé par le peintre et poète futuriste Lajos Kassák situé au 15 Viségradi Utca que fut fondé le parti communiste hongrois, dont la plaque commémorative a été ôtée en 1990, comme si l’événement n’avait pas eu lieu.
[20]  Cf. Elisabeth Valkenier, Russian Realist Art, The State and Society : The Peredvziniki (Les Ambulants) and Their Tradition, op. cit., p. 183.
[21] Philippe Masson, Histoire de l’armée allemande, 1939-1945, Librairie académique Perrin, 1994, p. 480.
[22]  Ce musée oublie significativement que même pendant la période stalinienne, les artistes firent appel à la plus classique des versions de l’histoire nationale. Ainsi le cadeau offert en 1952 par Mátyás Rákosi (alors premier ministre) à son collègue est-allemand, Wilhem Pieck, n’est autre qu’une tapisserie de laine représentant Pétöfi avec en haut, à gauche et à droite, deux figures tutélaires de petites tailles ; l’une représente un soldat hongrois portant le drapeau national, l’autre Staline portant le drapeau rouge. Ce n’est là que la réinterprétation d’un thème classique. Cf. Andreas Michaelis, DDR souvenirs, … et c’est un fond bien spécial, Benedikt Taschen, Cologne, 1994 ; et Miklós Péternák, « Nationalized Vision and the Allegorical Documentary », in Art and Society, op. cit., pp. 87-98.
[23]  Kristina Passuth, Les Avant-gardes de l’Europe centrale, Flammarion, Paris, 1988, Cf. p. 41 le paragraphe « Révolution morale et artistique : La revue MA », on peut y lire en particulier le passage suivant : “Au début, MA est une revue presque exclusivement révolutionnaire. Son but principal consiste en la libération matérielle et spirituelle de l’homme. L’homme, c’est bien sûr le pauvre, l’opprimé, le prolétaire. Kassák veut libérer l’homme misérable de ses chaînes visibles et il veut aussi le sauver de lui-même, de ses conceptions dépassée, des entraves antérieures. Pour Kassák […], le mouvement lutte en même temps pour l’avènement d’une société nouvelle et de l’individu collectif qui pourrait s’y développer. […] la forme active nécessaire à la transformation des masses et à la révolution morale réside dans l’avant-garde artistique. » Voir aussi au précédent chapitre le paragraphe : La dictature des avant-gardes.
[24] Cf. « Political Rituals : The Raising and Demolition of Monuments », in , Art and Society in the Age of Stalin, op. cit., pp. 73-86.
[25] Je tiens à remercier Anca Oroveanu, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Bucarest et directrice scientifique du New Europe College (Bucarest) qui, après la lecture de mon manuscrit, m’a suggéré cette interprétation fort judicieuse.
[26] Pour une critique de la conception médicale de la vie politique, cf. Sorin Antohi, « Les Roumains pendant les années 1990. Géographie symbolique et identité sociale », in Imaginaire culturel et réalité politique dans la Roumanie moderne. Le Stigmate et l’utopie, L’Harmattan, Paris 1999. En particulier le dernier paragraphe, « Le discours de pathologie sociale collective ».
[27] Voir à cet effet l’ouvrage remarquable de Eric Hobsbawm, Age of Extremes. The Short Twentieth Century, Abacus, 1995, et plus particulièrement la première partie : « The Age of Catastrophe », pp. 21-224. Cf. encore John Reed, The War in Eastern Europe, Charles Scribner’s sons, New York, 1916 ; Ernst Jünger, In Stahlgewittern, à compte d’auteur, Hanovre, 1920, et Des Wäldchen 125, Ein Chronik aus den Grabenkämpfen 1918, E.S. Mittler & Sohn, Berlin, 1925 ; Cf. Philippe Masson, op. cit.